mardi 2 mai 2017

Corail contre diamants - F. Trivellato

Résultat de recherche d'images pour "corail contre diamants"

Francesca Trivellato, Corail contre diamants. De la Méditerranée à l'océan Indien au XVIIIe siècle, Paris, Seuil, 2016.

Francesca Trivellato est professeur d'histoire économique et sociale de la Méditerranée moderne à l'université de Yale. Elle publie cet ouvrage qui a reçu un excellent accueil critique des deux côtés de l'Atlantique. Pourquoi cet accueil ?
Peut-être parce qu'elle y développe des thèses fortes. Tout d'abord, l'idée d'une histoire globale à échelle réduite, c'est-à-dire qu'elle associe l'histoire globale (entre plusieurs continents) et la micro-histoire. Elle justifie parfaitement cette prise de position par le fait que la micro-histoire permet de bien saisir les faits. En effet, la microstoria, l'étude des documents de quelques individus de manière exhaustive, permet à l'auteur d'être au plus près des faits. L'histoire globale, elle, permet outre le comparatisme, l'étude des liens entre les continents.

Francesca Trivellato choisit de travailler sur une firme juive de Livourne : Ergas & Silvera. Cette entreprise familiale échange des coraux contre des diamants en Inde. Puis elle revend les diamants sur le sol européen.
Pour étudier au mieux cette entreprise, l'auteur fait montre d'une grande capacité de synthèse. Elle met toujours en contexte les micro-événements de la firme dans le contexte de Livourne et de la Méditerranée. Une bonne connaissance de la diaspora sépharade, du contexte géopolitique tant à Londres qu'à Marseille font de ce livre une référence sur le sujet.

L'auteur développe aussi l'idée de "cosmopolitisme communautaire", un nouveau concept qui montre à la fois la possibilité pour plusieurs communautés de cohabiter, sous l'Ancien Régime, mais dans un esprit communautaire. Ainsi Ergas & Silvera fait fréquemment appel à des marchands chrétiens ou hindous, mais jamais les associés ne donnent en mariage à ces commerçants un membre de leur famille. Si les Sépharades sont acceptés, il reste de forte barrière sociales entre les communautés.

Mêlant histoire générale, fouille dans des documents d'archives, sociologie et anthropologie, ce livre est résolument pluri-disciplinaire sous certains aspects (même si F. Trivellato n'insiste pas trop sur la sociologie et l'anthropologie, il faut l'avouer).


J'ai apprécié de voir l'étude d'une firme intermédiaire, changeant des études sur les très grandes entreprises. J'ai regretté toutefois qu'il s'agisse là encore d'une étude de l'élite sépharade quand l'immense majorité vivait bien plus modestement. Mais F. Trivellato a choisi son objet d'études et elle s'y tient à merveille tout au long de ces 550 pages.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire