
Francesca
Trivellato, Corail contre diamants. De la Méditerranée à
l'océan Indien au XVIIIe siècle, Paris, Seuil, 2016.
Francesca
Trivellato est professeur d'histoire économique et sociale de la
Méditerranée moderne à l'université de Yale. Elle publie cet
ouvrage qui a reçu un excellent accueil critique des deux côtés de
l'Atlantique. Pourquoi cet accueil ?
Peut-être
parce qu'elle y développe des thèses fortes. Tout d'abord, l'idée
d'une histoire globale à échelle réduite, c'est-à-dire qu'elle
associe l'histoire globale (entre plusieurs continents) et la
micro-histoire. Elle justifie parfaitement cette prise de position
par le fait que la micro-histoire permet de bien saisir les faits. En
effet, la microstoria, l'étude des documents de quelques
individus de manière exhaustive, permet à l'auteur d'être au plus
près des faits. L'histoire globale, elle, permet outre le
comparatisme, l'étude des liens entre les continents.
Francesca Trivellato choisit de travailler sur une firme juive de Livourne : Ergas & Silvera. Cette entreprise familiale échange des coraux contre des diamants en Inde. Puis elle revend les diamants sur le sol européen.
Pour
étudier au mieux cette entreprise, l'auteur fait montre d'une grande
capacité de synthèse. Elle met toujours en contexte les
micro-événements de la firme dans le contexte de Livourne et de la
Méditerranée. Une bonne connaissance de la diaspora sépharade, du
contexte géopolitique tant à Londres qu'à Marseille font de ce
livre une référence sur le sujet.
L'auteur
développe aussi l'idée de "cosmopolitisme communautaire",
un nouveau concept qui montre à la fois la possibilité pour
plusieurs communautés de cohabiter, sous l'Ancien Régime, mais dans
un esprit communautaire. Ainsi Ergas & Silvera fait fréquemment
appel à des marchands chrétiens ou hindous, mais jamais les
associés ne donnent en mariage à ces commerçants un membre de leur
famille. Si les Sépharades sont acceptés, il reste de forte barrière sociales entre les communautés.
Mêlant
histoire générale, fouille dans des documents d'archives,
sociologie et anthropologie, ce livre est résolument
pluri-disciplinaire sous certains aspects (même si F. Trivellato
n'insiste pas trop sur la sociologie et l'anthropologie, il faut
l'avouer).
J'ai
apprécié de voir l'étude d'une firme intermédiaire, changeant des
études sur les très grandes entreprises. J'ai regretté toutefois
qu'il s'agisse là encore d'une étude de l'élite sépharade quand
l'immense majorité vivait bien plus modestement. Mais F. Trivellato
a choisi son objet d'études et elle s'y tient à merveille tout au
long de ces 550 pages.
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